Les makers contre le Covid-19

Réagir à la crise

Dès le début du mois de mars, des initiatives sont apparues sur le terrain, partout en France pour proposer des solutions à la lutte contre le virus utilisant les moyens de fabrication numérique individuels et les compétences d’ingénierie locales. 

Pour pallier à la fermeture des industries et des plate-formes logistiques mondiales, pour faire face à la pénurie de produits nécessaires, pour adapter les conditions de travail aux contraintes des gestes barrières et à la dangerosité de la contamination, des esprits éclairés ont pris la mesure du danger et du challenge à accomplir : ils ont compris qu’ils pouvaient, qu’ils devaient agir et s’organiser et ont eu la force de volonté pour aller au bout. 

Au premier rang de ces initiatives, le collectif Visière Solidaire a coordonné sur les réseaux sociaux la fabrication et la distribution par les makers de dispositifs opérationnels pour les soignants au contact des personnes atteintes par le coronavirus et des matériels souillés et contagieux. 

Conception, fabrication, financement participatif, lien avec les établissements, avec les collectivités, avec les indépendants, les maisons de retraite, les commerçants… : ils ont pensé à tout à un point d’expertise et de professionnalisme qui laisse béat d’admiration. Mille bravos du fond du cœur ! 

Merci à Laurent, merci et bravo à Julien-Christian, retraité de 80 ans et maker accompli qui ont allumé l’étincelle et nous ont permis d’entrer en contact avec le collectif Visière Solidaire 06 Cannes-Grasse.

L’équipe SoFAB et le bureau de Telecom Valley

Et le Fab Lab ?

Hébergé par le campus universitaire, accueillant beaucoup de personnes dans un environnement de poussière nécessitant une aération constante et avec des activités peu propices aux gestes barrières par de multiples manipulations, SoFab est resté fermé pour protéger son équipe et son public. 

La première contribution du FabLab à la lutte a été son réseau social tissé localement depuis 6 ans : des makers isolés souhaitant apporter leur aide nous ont sollicité pour démultiplier leur action et trouver d’autres possesseurs de machines d’impression 3D. Nous avons pu les mettre en relation avec nos adhérents, au premier rang desquels l’équipe d’Addishape, entreprise familiale spécialisée dans l’impression 3D, basée à Mandelieu. Ils ont partagé leurs premiers modèles, testés avec des infirmiers des hôpitaux voisins. Le mouvement était lancé et nous étions un relais de ce réseau naissant.

Mais il était nécessaire d’apporter notre pierre à l’édifice au-delà de la seule mise en relation et de suivre l’exemple du collectif Visière Solidaire 06 : une dérogation a été obtenue pour permettre à un volontaire bénévole d’utiliser les moyens techniques indisponibles ailleurs dans le département, au premier titre desquels la découpeuse laser. 

Ingénierie et astuce au service de la santé

Jusqu’alors, les makers de l’ouest du département arrivaient à reproduire en grande quantité le modèle standard : un arceau frontal en PLA ou mieux en PET-G serré derrière la tête par un élastique, et une feuille de PVC ou de Rhodoid acrylique de format bureautique A4, descendant des yeux au menton. Associées à un masque, ces visières évitent les projections vers les yeux. Cependant des demandes spécifiques ont été formulées par les médecins utilisant les appareils de métrologie et scanners et les chirurgiens opérant les malades atteints du Covid-19 : la feuille PVC de bureautique standard est transparente mais présente un léger trouble qui brouille la vision des écrans et nuit à la précision des gestes médicaux sensibles.

Il devenait nécessaire de produire des vitres couvrantes de haute qualité optique en recourant à des matériaux parfaitement transparents comme le polyéthylène ou le polycarbonate. Indisponibles en A4 et résistant aux perforatrices standards, la découpe laser était tout à fait indiquée ! Avec précaution, notre bénévole a donc repris la route et accédé aux locaux fermés avec l’autorisation du campus. Un grand merci à Alexandre et Éric pour avoir permis cette contribution au mouvement de solidarité. 

Premiers modèles testés

La premier étape a été de tester la découpe des matériaux et de trouver les bons paramètres. Des précédents avaient eu lieu : l’Electrolab à Paris nous a fait bénéficier de son expérience, avec un support pouvant être découpé dans du matériau fin (PET-G 0,5 mm jusqu’à PET-G 1,5 mm en ce qui nous concerne). C’est actuellement le modèle le plus utilisé. Malin, facile à produire mais cependant plein d’astuces : légère courbe, double chevauchement des deux bandes, alternatives pour l’accrochage par ruban ou par élastique. Un très bel exemple de l’expérience des makers et de la puissance de l’open source pour rendre largement disponible des dispositifs qui seraient largement brevetables.

Modèle Electrolab pour la découpe laser, utilisé pour plus de 300 visières par SoFAB

Au sein de l’Université Côte d’Azur, les chercheurs et les enseignants toujours actifs se sont partagés les modèles selon leurs machines disponibles. L’INRIA a lancé par le biais de sa directrice Maureen Clerc, directrice de Sophia Antipolis, et de Thibaud Kloczko, du service d’expérimentation et développement, un inventaire des moyens disponibles (scientifiques, techniques, industriels) à Sophia Antipolis au service de la lutte contre la maladie et du soutien au personnel soignant. Marie Pelleau a partagé également un modèle de support de visière pour la découpe laser, utilisé au labo de Valrose, le campus de Nice.

 

Résultats sur le terrain

En transposant leurs paramètres à notre besoin spécifique (contrairement à eux, nous avions besoin de découper la vitre pour l’adapter aux montures en impression 3D). En deux heures, les plaques de plastique ont été traitées et les premiers modèles assemblés pour livraison aux médecins des hôpitaux de Cannes et d’Antibes qui ont pu tester et valider.

Security Check Required

No Description

Expérimentations

En croisant les modèles open source des makers du monde entier, des prototypes ont pu être rapidement sortis pour proposer également des modèles 100% découpé au laser. 

Le laser présente aussi l’avantage de la rapidité pour des pièces en 2D : les peignes pour tenir les élastiques des masques chirurgicaux les écartant des oreilles sensibles sont sortis par dizaine en quelques minutes. 

Recherche & développement

Au fil de leurs nombreuses actions, les membres de Visière Solidaire ont recueilli des demandes très spécifiques. Là encore c’est avec plaisir et fierté que nous avons pu les accompagner dans leurs essais pour aboutir en peu de temps à un résultat testable. Il aura suffit de 24h de conception à Paul pour apporter une solution à un chirurgien équipé de lunettes loupes et d’une lampe. Après dessin de la vitre équipé d’un passage étanche en silicone pour laisser passer son équipement, 3 minutes de découpe à SoFab plus tard l’assemblage pouvait avoir lieux. 

Une coopération qui continue

Paul Ganelon @HOME on Twitter

Nous engageons maintenant avec les autres groupes de makers du département qui avaient aussi produit localement, le @SoFABbyTV et d’autres acteurs de l’impression 3D comme @addishape une démarche pour unir nos moyens et développer la résilience de nos territoires #lejourdapres

https://twitter.com/frankchikli/status/1253264202153840640
https://twitter.com/JulienHoltzer/status/1255573212236255234
Tribuca – édition du 8 mai 2020

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